Inspiration

Billet de mauvaise humeur #5

04.11.2015

TOUS LES MOIS, BERNARD NAVILLE, DIRECTEUR DE LA CRÉATION CHEZ LAFAYETTE AGENCY, FAIT ENTENDRE SA VOIX POUR NOUS EXPOSER SES COUPS DE GUEULE DU MOMENT.

 

La démagogie publicitaire

 

La démagogie publicitaire ? Voilà un sujet qui peut arriver à me mettre dans un état de fureur à côté duquel les colères d’Hulk vous paraîtront étrangement semblables à une comptine de Chantal Goya. Mais qu’est-ce que la démagogie publicitaire ?

Selon ma définition personnelle que vous ne trouverez dans aucun dictionnaire, il s’agit de la même chose que la démagogie politique mais en publicité : le peuple aime quelque chose, il faut le lui donner vite pour l’empêcher de réfléchir parce que sinon, il pourrait devenir intelligent. Et un peuple intelligent, c’est plus difficile à manipuler.

La ménagère de moins de cinquante ans aime les titis nanfants, on va faire des films pour lui vendre des lessives ou n’importe quoi d’autre, avec des titis nanfants. Et si en plus on pouvait glisser un ou deux titis chatons mignons, ce serait encore mieux.

Certains diront que la publicité ayant pour but de toucher sa cible et de provoquer en elle une sympathie pour la marque, qu’y a-t-il de mal à utiliser les moyens efficaces ?

Et c’est vraiment là que je m’énerve car en fait, dans le fond, ils n’ont pas tort à 100%. Je ne suis pas un artiste ni un écrivain. Une bonne grosse connerie qui vend, a bien plus de valeur publicitaire, qu’un film intelligent que les ménagères ne regardent même  pas.

Mais la fierté, vous en faites quoi ? Le plaisir d’entendre murmurer au cinéma pendant que votre film de pub passe « ah, celui-là il est vraiment fendard ! », hein ? Ou encore, les repas en famille, quand Tata Paulette arrive avec le poulet à la crème et aux morilles et qu’en servant, elle dit « oh, hier, j’ai vu une réclame vraiment chouette » et que c’est la vôtre, hein ? La tête de Tata Paulette qui vous regarde comme si vous aviez écrit Guerre et Paix.

Ce qui m’énerve, c’est qu’aujourd’hui, l’efficacité, le buzz ou le R.O.I (débrouillez-vous pour savoir ce que c’est) sont plus importants que l’intelligence, l’humour ou l’émotion.  Donc pourquoi réfléchir ? On veut vendre un produit à des hommes ? Allez hop ! Une femme à poil ! On sort la boite à outils avec les petits chiens au ralenti, les titis nanfants, les vieilles mamies attendrissantes et même, en cas de nécessité, l’handicapé de service. (Attention, hein, pas celui qui bave, qui est contracté de partout, qui sent le pipi et qui parle un langage incompréhensible, non, l’handicapé normal sauf en bas. Celui qui est beau, jeune mais malheureusement sur un fauteuil roulant). Et avec tous ces outils, on fait une marmelade sans saveur qui ne choquera personne, qui passera aux tests, et le pire… c’est que si le client investit suffisamment, cette bouillasse atteindra tous ses objectifs. Après ça, allez lui vendre un beau grand film avec une belle idée à ce client, tiens !

Voilà, c’est ça, la démagogie publicitaire ! Et ne me dites pas que ça ne vous énerve pas parce que ça me mettrait de très mauvaise humeur.

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